2019 sera-t-elle l’année du congé paternité?

L’année 2019 sera peut-être celle, entre autres, du congé paternité. Il était temps! Lorsque des Européens en séjour chez nous apprennent qu’il n’existe en Suisse ni congé parental ni congé paternité, ils font des yeux ébahis. Après des décennies d’attente de l’assurance maternité pourtant votée au milieu du XXe siècle, il serait bienvenu que le congé paternité ne subisse pas les mêmes affres (article aussi publié dans 24 heures le 30.01.2019).

Sur le plan fédéral, un (trop) timide mais bienvenu contre-projet à l’initiative «Pour un congé de paternité raisonnable» est en consultation jusqu’au début du mois de mars; il prévoit l’instauration d’un congé paternité de deux semaines à prendre dans les six mois qui suivent la naissance de l’enfant. Sur le plan vaudois, le Conseil d’État a annoncé vouloir soumettre au Grand Conseil, aussi dans le courant de l’année, un projet de congé paternité de vingt jours pour l’administration, au lieu des cinq actuellement octroyés.

Deux arguments reviennent en boucle dans la bouche des opposants. Au vu du projet fédéral en discussion – modeste résultat d’un compromis noué dans un parlement composé majoritairement d’hommes de plus de 50 ans – ils résonnent de façon particulièrement absurde.

On invoque en premier lieu les difficultés organisationnelles des entreprises qui seraient amenées à se priver de la force de travail des pères pendant deux semaines. Dans un pays traditionnellement habitué à envoyer les jeunes hommes de nombreuses semaines servir sous les drapeaux, cette objection est farfelue. Ce qui est possible pour les femmes, qui quittent leur poste de travail pour quatorze semaines, devrait aussi l’être pour les pères et leurs modestes deux semaines d’absence, sauf à considérer que les femmes sont moins importantes que les hommes pour l’économie du pays, ce que pensent probablement (de façon plus ou moins assumée) certains opposants au congé paternité…

En second lieu, l’instauration d’un congé paternité serait économiquement insupportable, en raison de la prétendue augmentation des cotisations sociales nécessaires à son financement. Là aussi, l’argument ne tient pas. La hausse des cotisations sera marginale, noyée dans le dispositif des allocations perte de gain (APG) et à peine perceptible pour les employeurs. À l’heure actuelle, sauf exception, seules les grosses entreprises peuvent se permettre de financer de telles prestations pour les pères; les PME n’ont souvent pas les reins assez solides. Mutualiser le financement du congé paternité par les APG est donc indispensable pour que toutes les entreprises puissent offrir les mêmes prestations pour les pères.

À une époque pas si lointaine, les pères assistaient à peine à l’accouchement et retournaient au travail le lendemain, laissant les mères aux commandes. Il en était ainsi et on ne peut pas en faire le reproche à nos aînés; mais les temps ont changé et ce premier pas en faveur d’un (léger) rééquilibrage des tâches familiales entre les pères et les mères est indispensable. Il en va de la place assumée des pères du XXIe siècle auprès de leurs enfants.

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