Une législature difficile s’annonce…

indexQuand je vois tomber les premières décisions prises par les Chambres en ce début de législature dans le domaine de l’environnement – les promesses bafouées de la campagne sur le Gothard en sont l’exemple le plus affligeant -, je me dis que nous n’avons jamais été aussi loin du compte. Ca me donne envie de publier le petit article que j’avais rédigé juste avant les élections fédérales pour le journal romand d’écologie politique Moins!

A quelques encâblures des élections fédérales d’automne 2015, il y aurait des raisons de se croire, sinon tirés d’affaire, au moins sur la bonne voie : on n’a jamais autant parlé d’énergies renouvelables ; on devrait sortir du nucléaire à moyen terme (quoique, rien n’est encore définitivement gagné…) ; les préoccupations liées au climat sont sur toutes les lèvres avant le sommet de Paris ; les climatosceptiques et autres diseurs de bonne aventure n’ont plus voix au chapitre ; etc., etc.

Pourtant, il n’est pas alarmiste de dire que nous n’avons jamais été aussi loin du compte. Peu importe l’indicateur : empreinte écologique, émissions de CO2 par habitant, consommation d’énergies fossiles, biodiversité, tous les voyants sont au rouge, malgré les discours ambiants, trop souvent lénifiants, et les accomplissements politiques, manifestement insuffisants.

La faute à qui ? A un paradigme qui n’a jamais (oui jamais !) été aussi solidement ancré dans les mœurs et les politiques publiques : l’érection en objectif ultime, quasiment de droit divin, de la « production-consommation ». La première alimente la seconde, qui légitime la première, vice-versa et ainsi de suite. Si l’on y réfléchit deux secondes, on constate à quel point la politique fédérale est orientée vers l’alimentation de ce binôme, fonctionnant comme un cercle prétendument vertueux : économie, fiscalité, transports, énergie, import-export, agriculture, politique internationale, etc. Système qui ne fonctionne (provisoirement) que parce qu’on a décidé de ne pas y poser de limites, cela à l’envers de la rationalité la plus élémentaire. Un enfant de 5 ans comprend déjà qu’il faut économiser les ressources dans un espace fini.

Parce que la pensée dominante est par essence conservatrice – comprenez réticente aux idées nouvelles – et parce que l’inertie du système est énorme, il est terriblement difficile de remettre en question ce dogme. Les partis majoritaires du pays – comprenez l’alliance bourgeoise allant de l’UDC aux diverses composantes du centre-droit – ont une très lourde responsabilité à cet égard. Dans le meilleur des cas, leurs programmes politiques – et leurs votes au Parlement – reflètent une vague conscience de la nécessité de « verdir » la politique économique et les investissements ; lorsqu’il y a un business « vert » en perspective, ils répondent (parfois) présents. Le problème, c’est que lorsqu’il n’y a pas de tel business, ils répondent (toujours) absents. Or, on sait bien que le mythe du win-win pour l’environnement et la croissance, prophétie autoréalisatrice de l’économie postmoderne, est bien souvent inatteignable en pratique.

Et les promesses rendent les fous joyeux : après l’accident de Fukushima, tous (ou presque) disaient la bouche en cœur qu’il était peut-être temps de réfléchir à des alternatives. C’était avant les élections fédérales de 2011. Quatre ans plus tard, tous (ou presque) semblent avoir tourné casaque… mais ne le disent pas trop fort avant les élections fédérales 2015. L’abstention du groupe PLR aux Chambres fédérales lors de l’un des principaux votes sur la sortie du nucléaire en 2012 est toutefois assez révélatrice.

Le rythme de la démocratie est difficile à concilier avec les exigences du long terme. Mais la population suisse a su se montrer particulièrement soucieuse de préserver l’environnement à plusieurs reprises, notamment en acceptant des initiatives populaires avant-gardistes. Pour qu’un tournant puisse s’amorcer en Suisse, il faudra également que les majorités parlementaires osent parfois quitter le paradigme dominant qui n’est malheureusement pas encore dépassé. Les partis bourgeois en Suisse, archi-dominateurs sur la scène fédérale, ne semblent absolument pas prêts à entamer cette transition. Les partis de gauche redoutent quant à eux souvent de bousculer fondamentalement la logique du système, parfois par crainte des répercussions électorales (y en aurait-il vraiment ?), parfois par suivisme, parfois encore par attachement aux schémas productivistes. Ce n’est pourtant que par un discours tranché et tranchant, fondé sur des constats scientifiques et économiques aujourd’hui documentés, que l’on peut provoquer une prise de conscience plus profonde.

On a les politiciens qu’on mérite, dit le dicton. C’est donc à l’électeur-citoyen que revient au premier chef la responsabilité de favoriser autant que possible un changement de paradigme dans les instances politiques du pays… aussi en allant voter. C’est peu ; mais c’est déjà si important.

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