« 101 idées » qui feront la Suisse de demain

indexPour ses dix ans, le Forum des 100 s’est projeté vers l’avenir et a présenté les « 101 idées qui feront la Suisse de demain ». Où va la Suisse après le vote du 9 février, quels projets faut-il lancer, les nouvelles générations sont-elles prêtes à reprendre le flambeau? « L’Hebdo a interpellé les membres du réseau qui s’est constitué au fil de la manifestation créée en 2005.

Raphaël Mahaim, député au Grand Conseil (Verts/VD) et alumni du Forum depuis 2011, a accepté de prendre part à cette opération de brainstorming collectif romand. Retrouvez ici l’intégralité de sa contribution.

Question 1: quels sont les défis principaux, selon vous, auxquels la Suisse sera confrontée ces dix prochaines années? Prévoyez-vous un affaiblissement de l’économie helvétique? Une détérioration du système de formation? L’isolement du pays? Une sérieuse remise en cause de la cohésion nationale et de notre modèle de démocratie?

Le système économique s’emballe. Tout va excessivement vite: les échanges internationaux, la communication, les avancées technologiques, les flux d’information. Or, inexorablement, cet emballement divise profondément et menace le lien social: il y a ceux qui parviennent à suivre le rythme et ceux qui décrochent. Ceux qui décrochent voient passer les balles, sans jamais avoir l’impression de participer au festin. Ils sont submergés par le flux d’informations; ils constatent que certains s’enrichissent de façon éhontée grâce à quelques transactions financières; ils voient défiler le feuilleton de la politique sans y voir aucun potentiel de changement. Le symptôme principal de ces maux est connu. Les délaissés, ceux qui décrochent, désignent le coupable tout désigné: l’autre, l’étranger, celui qui vient tenter sa chance dans « mon » pays, alors que moi-même j’ai déjà des difficultés à nouer les deux bouts. On se replie sur soi car on craint la concurrence effrénée avec l’autre. A juste titre, souvent, car c’est cette mise en concurrence qui trie justement ceux qui parviennent à suivre de ceux qui décrochent. Pas de quartier pour les seconds, si ce n’est une filet social que l’on caractérise justement comme une béquille pour ceux qui ne parviennent pas à s’insérer… Et les autres para-symptômes sont tout aussi connus et tout autant de conséquences d’une violence symbolique extrême dans l’économie capitaliste: burn-out au travail, dépressions en chaîne, délocalisations, pollutions liées aux chaînes de production globalisées à flux tendus (les jouets en Chine, les habits en Asie du Sud-Est, la bidoche en Europe de l’est, les smartphones avec des métaux rares d’Afrique, etc.).

Question 2: quelles sont les initiatives et les idées, tous domaines confondus, qu’il faut mettre en œuvre pour y répondre? Y a-t-il un projet qui vous tient particulièrement à cœur?

Il faut réapprendre à produire du sens, retrouver le goût de la mesure, de la lenteur (oui, de la lenteur). Il faut que ceux qui parviennent à suivre le rythme, ceux qui sont insérés dans la société postmoderne de l’abondance, prennent d’urgence leurs responsabilités. Il faut rendre intelligible ce qui ne l’est plus. Il faut montrer que l’inutilité peut avoir sa place dans la société, que tout ne doit pas être rentable ou profitable. Il faut laisser la place à la faiblesse, à une certaine forme d’inertie bienveillante (cf. Eloge de la faiblesse, A. Jolien). En un poncif plutôt que mille explications: valoriser la qualité et non la quantité; rompre avec la logique d’accumulation. Concrètement, deux idées visionnaires, qui me viennent à l’esprit et qui touchent le domaine où mon propos s’illustre à merveille, l’alimentation: l’initiative des Verts pour des denrées alimentaires produites de manière durable et l’initiative des jeunes socialistes pour mettre fin à la spéculation sur les matières premières agricoles. Se nourrir est un besoin primaire. Il faut réinventer notre modèle alimentaire: le problème n’est pas la quantité de nourriture produite, mais sa distribution à l’échelle mondiale et son gaspillage dans les pays du Nord. Ces deux textes contribuent à replacer le curseur du bon côté, à leur modeste échelle.

Question 3: les générations montantes sont-elles, selon vous, bien préparées pour faire face à ce qui les attend?

Les générations montantes ne sont pas par principe plus démunies que l’étaient les précédentes pour affronter leur avenir. Mais elles sont frappées de plein fouet par un individualisme que leurs parents ou grands-parents ont laissé venir petit à petit, dont elles sont à la fois les victimes et les vecteurs. Les jeunes générations ne votent plus, ne voient plus l’intérêt d’un projet collectif, d’une cause à défendre. On leur a appris à se battre pour s’insérer dans le monde du travail, au prix de formations longues et d’attitudes agressives sur le marché de l’emploi. Hormis une poignée d’étudiants en mal de mobilisations et quelques irréductibles de la cause publique, les jeunes semblent avoir perdu le fil de l’intérêt pour la politique. La génération easyjet (Johan Rochel) est entrée en plein pied dans l’utilitarisme de Bentham: maximiser son utilité individuelle, seule voie vers la maximisation de l’utilité collective. Les jeunes sont formatés à outrance pour alimenter le système économique tel qu’il s’est développé ces dernières années; ils sont assurément bien préparés de ce côté-là. Mais où est la jeunesse qui porte une utopie et qui propose un changement de cap? Toute pensée subversive est annihilée, broyée par un système qui cherche à s’auto-reproduire sans tolérer la contradiction.

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