Ecologie et immigration: la parabole de la villa dorée

indexLe vote du oui est un vote pluriel. Il y a indubitablement un vote purement xénophobe, dont j’aimerais tant croire qu’il ne dépasse pas quelques points de pourcents; il y a un vote d’inquiétude de ceux qui craignent pour leur emploi et qui ne jouissent pas des fruits de cette “croissance” tant vantée et adulée; il y a un vote anti-européen, dont l’ampleur est difficile à mesurer, la voie bilatérale ayant toujours été plébiscitée par le passé. Et il y a un vote prétendument “écologiste”, comme en témoigne la recommandation de vote des Verts tessinois (publié sur mon blog de l’hebdo le 14.02.2013).

De toutes ces composantes, c’est ce vote qui m’ébranle le plus et qui doit interpeller toutes celles et ceux qui se réclament de l’écologie. Pour préserver les paysages suisses et la “qualité de vie”, il s’agirait donc de mettre un frein à “l’afflux de migrants” en Suisse*. En apparence, quoi de plus trivial? Le territoire suisse étant exigu, il faut en limiter les sollicitations; toutes choses égales par ailleurs, deux personnes sollicitent en effet davantage le territoire qu’une seule personne.

Sauf que cette rengaine – aussi vieille que la démagogie – est non seulement une arnaque intellectuelle, mais, pire encore, une négation du projet écologiste.

Une arnaque intellectuelle, car la forte augmentation de la pression sur les ressources naturelles ne résulte que très marginalement de l’accroissement démographique; elle est avant tout la conséquence des changements dans les modes de vie. La surface construite par habitant a progressé ces dernières années bien plus vite que l’accroissement démographique. On ne construit pas des immenses grandes surfaces à l’américaine et on ne crée pas des tapis de villas individuelles pour absorber l’afflux de migrants; on le fait parce que tels sont les modes et les prétendus besoins de notre société postmoderne. On le fait aussi et surtout parce que les majorités politiques à Berne ont toujours refusé, jusqu’à la récente votation sur la LAT, de mettre le holà.

Mais il y a plus grave encore: invoquer la protection des paysages ou la sauvegarde d’un patrimoine menacé pour fermer les frontières est une insulte au projet écologiste. Cela revient à dénier sa propre responsabilité quant à la préservation des ressources naturelles, en se défaussant sur d’autres. Je clôture la pelouse de ma villa 10 pièces pour éviter que les (encombrants) voisins ne viennent troubler mon luxueux confort. Ce faisant, je préserve mon petit paysage tout vert et évite de me questionner sur mon propre train de vie. Tout en profitant néanmoins gaiement d’employer de temps à autres mes (plus si encombrants) voisins pour de menus travaux peu rémunérés dans mon humble demeure – sans les loger chez moi, bien entendu, car alors cela en deviendrait à nouveau encombrant.

Des banalités, tout ceci, me direz-vous; ou plus encore, des élucubrations maintes fois ressassées pendant la campagne et qui n’ont pas convaincu au-delà du cercle des convaincus. Certes, à en croire l’ampleur du oui. Mais alors il faut s’en souvenir pour mieux relever le défi du prochain débat démocratique en matière migratoire: celui de l’initiative ecopop. Les écologistes devront être au front, si possible encore plus déterminés qu’ils ne l’ont été pour l’initiative de l’UDC; ils endosseront la lourde responsabilité de montrer que l’on ne défend pas l’écologie en “régulant la démographie”. Ce serait à la fois un leurre et le meilleur évitement des vraies questions qui dérangent.

A propos d’ecopop, voir aussi deux précédents blogs :

Ecopop ou la liberté des sangliers

Les dragons et la tentation écofasciste

 

* Le vote « écologiste » a probablement une seconde connotation: le refus d’un modèle économique frénétique, fondé sur le court terme et sur une compétition sans merci. J’y reviendrai dans un prochain blog.

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