Contournement autoroutier à Morges: diviser pour mieux régner?

indexLe projet de contournement autoroutier à Morges agite le landerneau politique vaudois et le district de Morges. Après le débat au Grand Conseil sur la motion de mon collègue Martial de Montmollin, ce sont maintenant certaines communes qui sortent du bois, comme on peut le voir à la lecture de la presse (en ligne) de cet après-midi.

Pour mémoire, l’Office fédéral des routes (OFROU) projette de construire une nouvelle autoroute de contournement de Morges. Parmi les trois variantes initiales, l’OFROU privilégie la variante dite du « grand contournement », qui prévoit un nouveau tracé d’autoroute au nord de la ville de Morges depuis le Boiron (Saint-Prex) jusqu’à l’échangeur de Villars Sainte-Croix, avec maintien de l’autoroute actuelle. Le Grand Conseil et le Conseil d’Etat préfèrent la variante de « grand contournement avec piqûre » qui prévoit grosso modo le même tracé mais avec une bretelle de jonction supplémentaire à la hauteur de Lonay, laquelle devrait permettre, aux frais du canton, le déclassement du tronçon actuel de l’autoroute en traversée de Morges.

Les Verts, nous n’étions favorables à aucune de ces deux variantes mais plaidions pour la variante dite du « petit contournement enterré », variante malheureusement rapidement abandonnée par l’OFROU.

Voilà pour les données du problème. Sans trop entrer dans les détails techniques des variantes, il faut retenir les éléments suivants:

– La variante du « grand contournement » ne permettrait pas de délester la ville de Morges et équivaudrait à un dédoublement de l’autoroute actuelle. En outre, même dans les scénarios les plus optimistes, un enterrement de l’entier du nouveau tracé paraît impossible. Il y aura de toute façon des parties du tracé découvertes, ne serait-ce qu’aux jonctions de Saint-Prex et Villars Sainte-Croix

– La variante du « grand contournement avec piqûre » entraînerait des impacts importants pour les communes de Lonay et Bremblens, avec la jonction supplémentaire forcément déterrée. Par ailleurs, le déclassement du tronçon en traversée de Morges reste pour l’heure une promesse en l’air. Dans l’histoire suisse, on a pour ainsi dire jamais assisté au démantèlement de tronçons autoroutiers existants. Si cette hypothèse se réalisait, on peut se demander si la création d’un grand boulevard urbain en lieu et place de l’autoroute actuelle représente vraiment une amélioration qui en vaut la peine pour les habitants de Morges.

– Le district a toutes les peines du monde à élaborer une position commune sur la question. Chaque commune concernée – et c’est bien compréhensible – craint que le tracé ne passe sur son territoire. Région Morges et l’ARCAM (Association de la Région Cossonay-Aubonne-Morges) ont bien élaboré des prises de position à ce sujet, mais ces textes n’ont pas été rendus publics. Seules les Municipalités de la couronne morgienne les ont officiellement reçus. Ces derniers jours, dans la presse, c’est plutôt une grande impression de cacophonie qui prévalait.

– L’OFROU compte bien évidemment sur les divisions au sein de la région pour imposer la variante qu’il privilégie. A cet égard, il faut voir que l’OFROU ne se préoccupe pas du bien-être de la région et de ses habitants. Dans une logique purement technocratique, il choisira la variante la moins chère et la plus « efficace » en termes de flux de voitures. Dans cette optique, l’OFROU est ravi de « diviser pour mieux régner ».

– Si le district ne parvient pas à se mobiliser de manière concertée et à parler d’une seule et même voix, alors la région court le risque d’être perdante sur tous les tableaux. Le scénario catastrophe pour les communes concernées et le paysage serait le maintien de l’autoroute actuelle et la construction d’un nouveau tronçon supplémentaire (variante du grand contournement) qui ne serait que très partiellement enterré. Bremblens, Lonay, Bussigny, Saint-Prex, etc. n’auront alors que les yeux pour pleurer… Et toute la région serait balâfrée.

Il est maintenant urgent:

– De réunir toutes les autorités et personnes concernées du district autour d’une table pour faire le point de la situation et élaborer une position commune.

– D’analyser en détails les conséquences du scénario catastrophe évoqué ci-dessus sur le paysage et les habitants de la région.

– De se poser sérieusement la question du développement que nous voulons pour notre région… Voulons-nous vraiment une immense balafre au travers de la campagne, servant uniquement le trafic de transit mais ne permettant pas d’améliorer la situation à Morges?

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5 réflexions au sujet de « Contournement autoroutier à Morges: diviser pour mieux régner? »

  1. Mon cher député Vert,

    Pour avoir participé au comité technique voulu par l’OFROU je ne confirme pas votre sentiment que « Berne » veut délibérément diviser pour régner. Son objectif unique est de résorber les goulets d’étranglement. On peut comprendre qu’il doit le faire aux meilleures conditions économiques et techniques possibles. A cet égard la solution du grand contournement à 2 x 2 pistes et maintien de l’AR à travers Morges est la solution qui présente les meilleures performances. Mais il faut rappeler qu’à ce jour l’OFROU n’a pas pris son option en attente qu’il est, des dépôts des préavis formels des instances cantonales concernées. L’instance locale, soit l’ARCAM s’est, elle, prononcée dans le délai imparti (novembre 2012) en faveur d’un projet enterré et sans piqure ! La question : pourquoi les députés locaux ont-ils ignorés totalement l’avis formé par l’ARCAM lors du vote du GC ?

    • Cher Monsieur,

      – C’est bien parce que la solution « idéale » de l’OFROU (dédoublement de l’autoroute actuelle sans déclassement de l’A1 à Morges) est probablement la pire pour le district que les choses sont si compliquées.

      – L’OFROU n’est peut-être pas aussi cynique que je l’écris; il y a certainement une part d’exagération dans mes propos. Il reste que plus le district sera soudé et parviendra à parler d’une même voix, plus notre position sera forte et moins grandes seront les chances que la dédoublement de l’autoroute actuelle ne se réalise.

      – Les prises de position de Région Morges et de l’ARCAM n’ont jamais été transmises aux députés. Et je ne partage pas votre avis quant à l’absence de mention de la piqûre. Les édiles municipaux ne sont pas d’accord entre eux; certains prétendent que la piqûre est tellement évidente qu’il n’était pas utile de la mentionner. Comment imaginer sinon que Morges ait laissé passé une variante qui ne soulage en rien son territoire?

      Le débat continue…

      Bien à vous, Raphaël Mahaim

  2. Cher Monsieur,

    En quoi la « piqûre » est-elle nécessaire à la performance routière de la région? Ne va-t-elle pas au contraire empêcher le développement d’une zone en cours d’urbanisation rapide? Pourquoi le « grand contournement » empêcherait-il la conversion de l’autoroute en « boulevard urbain », dont la définition est celle d’un axe de desserte locale et non pas nationale ou internationale? Après de nombreuses années de débat sur la question, les esprits ne semblent toujours pas au clair!

    • Cher Monsieur, Vous avez parfaitement raison. C’est le flou total, pour ne pas dire le brouillard le plus complet! Ce qui semble sûr, c’est que l’OFROU exige une « piqûre » pour le déclassement de l’autoroute à Morges… et c’est précisément ce qui pose problème. Personnellement, je n’ai aucune sympathie pour ce projet de piqûre qui provoquera des nuisances à la pelle dans la région. Mais de l’autre côté, sans piqûre, l’OFROU nous annonce qu’il n’y aura pas de déclassement de l’autoroute à Morges; il y aura donc construction, en plus, du nouveau contournement, ce qui revient à un dédoublement de l’autoroute actuelle! C’est un casse-tête… et j’ai bien peur que la région ne sorte pas gagnante de l’opération, et ce quels que soient les choix définitifs de la Confédération. Bien à vous, Raphaël Mahaim

    • Juste une information technique : cette piqure ne peut hélas se faire que partiellement enterrée en raison de la nouvelle obligation (sécurité oblige) de ne pouvoir réaliser les jonctions AR qu’à ciel ouvert. La réalisation Neuchateloise ne pourrait plus se faire à l’identique aujourd’hui …

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