Dix défis pour la future présidence des Verts suisses

Ce samedi, à Carouge, la nouvelle présidence des Verts suisses sera élue par l’assemblée des délégués. Bien évidemment, les médias s’intéresseront en premier lieu aux questions croustillantes de personnes, aux conflits imaginaires entre Romands et Alémaniques et entre « fundis » et « realos » ou encore aux prises de parole « exotiques » pendant l’assemblée – un fait courant chez les Verts. Il me paraît pour ma part plus intéressant de dresser l’inventaire des défis (immenses) auxquels sera confrontée la nouvelle présidence. Inutile de préciser que cet inventaire ne se veut pas « objectif » et qu’il n’engage que son auteur…L’écologie politique se trouve à un tournant de son histoire. A ceux qui la disent morte car désormais intégrée dans les programmes de tous les partis, je réponds qu’elle est au contraire plus vivante et plus vitale que jamais. Les ambitions du projet écologiste sont à la hauteur des défis qui attendent la planète et ses habitants dans les décennies à venir. Petite feuille de route en dix points à l’intention de la future présidence des Verts suisses.

1) Réapprendre à avoir une longueur d’avance. Pour les élections fédérales 2011, nous avions le slogan qui correspond le mieux à l’idée que je me fais des Verts : « une longueur d’avance ». Nous n’avons pas su l’incarner, ni dans notre programme électoral, ni dans la campagne. Il est impératif de produire de nouvelles idées visionnaires, de proposer de nouvelles utopies, quitte à « avoir raison trop tôt ».

2) Faire rêver. Nous traînons trop souvent (depuis toujours ?) une image de rabat-joie, de pisse-froid. Nous devons montrer que l’écologie n’est pas moralisatrice et limitante. Elle est libératrice ; elle nous affranchit de nos dépendances – à l’énergie fossile, à la finance, à la productivité, à la surconsommation – et replace au centre les vraies finalités de l’existence en ce bas monde.

3) Quitter le monothématisme dans lequel nous nous sommes parfois enfermés. Notre projet de société est un projet englobant, complet, qui ne se résume pas à quelques thèmes choisis. L’écologie politique n’est pas « l’environnementalisme » très à la mode dans tous les partis (sauf un !), encore moins le greenwashing.

4) Mieux faire connaître les valeurs qui font la spécificité des Verts et qui nous distinguent de nos « alliés » politiques : décentralisation, anti-matérialisme, indépendance, anti-productivisme, respect de « l’écoumène », défense des minorités et des sans-voix, durabilité et long terme, etc. En dépit des convergences ponctuelles, notre projet ne correspond pas à celui du PS, encore moins à celui des Vert’libéraux, ni à celui de qui que ce soit d’autre.

5) Se positionner comme porteurs d’une vision globalement solidaire. Notre action locale s’inscrit dans une pensée globale. La solidarité avec le Sud est un élément central de notre projet. Nous devons avoir le courage de nous opposer aux intérêts (notamment économiques) de nos propres territoires lorsque l’intérêt supérieur de la planète et des populations fragiles le commande. Les enjeux du siècle à venir sont avant tout mondiaux.

6) Défendre becs et ongles un autre modèle de gouvernance. L’écologie n’a jamais voulu le pouvoir pour le pouvoir. Le pouvoir, s’il est concentré entre les mêmes mains, s’il tourne en boucle au sein des mêmes réseaux, ne peut produire la transformation écologique dont nous avons besoin. Nous devons commencer par montrer l’exemple et proposer des alternatives fondées sur l’équilibre, le tournus, le partage et la participation démocratique.

7) Remettre au coeur du discours politique l’éthique individuelle. La « responsabilité individuelle » sert trop souvent de paravent à ceux qui, avançant masqués, refusent tout progrès dans l’intérêt collectif. Mais la responsabilité de chacun et chacune, au sens d’un devoir envers la collectivité et non au sens d’un individualisme égocentriste, est bel et bien l’enjeu de l’avenir. Sans changement des « consciences », il n’y aura pas de changement sociétal.

8) Devenir un parti réellement populaire, susciter l’engouement des foules et pas uniquement d’une « frange » urbaine et formée de la population. Les Verts allemands de Stuttgart ont su le faire et ont obtenu des résultats électoraux stratosphériques. Pourquoi pas nous ? Il ne s’agit bien évidemment pas de tomber dans la démagogie, mais de quitter notre posture intello-élitiste. Le défi s’adresse à tous les élus, à tous les militants, et il est de taille…

9) Repenser nos vecteurs de communication. Les études montrent que l’écologie séduit très largement les jeunes générations. Il faut revoir en profondeur nos modes de communication, investir la « blogosphère », défendre les « libertés numériques » et provoquer ce sursaut qui ramènera les jeunes générations vers les urnes. La société de l’instantanéité qui est la nôtre exige davantage que quelques banales affiches électorales et slogans ronronnants.

10) Consolider notre base militante. Les Verts, nous sommes le parti de Suisse avec le plus faible nombre de membres en proportion des élus. Nous compensons en partie ceci par notre force militante. Mais notre travail sur le terrain repose sur une machine précaire qui a souvent des ratés en période chargée. La diffusion de nos idées passe par une présence plus affirmée, plus volontaire, là où les gens vivent. Ce n’est pas dans les coulisses politico-médiatiques que se joue l’avenir, mais sur la grande scène du quotidien.

Tout un programme…

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