J-6 : 20 ans d’UDC en Suisse : les remèdes

Dans un précédent billet, je m’attardais sur les « symptômes » de la croissance de l’UDC en Suisse. Il faut éviter de se positionner uniquement en réaction à l’UDC. Mais la blochérisation du paysage politique suisse est suffisamment grave pour que l’on y prête une attention toute particulière. D’autant que selon le dernier baromètre électoral, l’UDC devrait friser la barre des trente pourcents d’électeurs dans 6 jours, ce qui est tout de même étourdissant. Pour aujourd’hui, voici comme annoncé quelques suggestions de remèdes à ce « mal suisse », cette lente dérive de notre système politique qui a pris tout le monde de vitesse.

D’abord, le compte-rendu du week-end et le programme de la journée :

Le programme du jour: je n’arriverai pas à rejoindre mes collègues pour une distribution de tournesols cet après-midi… donc pas d’action de campagne aujourd’hui

Le récit du week-end : très sympathique stand au marché à Morges samedi matin – programme un peu chamboulé samedi après-midi, si bien que je n’ai pas pu rejoindre les Verts à Romainmôtier comme prévu.

  • Nombre de courriels concernant la politique : 90
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20 ans d’UDC en Suisse : les remèdes

La domination outrancière de l’UDC sur la scène politique suisse provoque des dégâts sévères, profonds et durables dans notre système politique et institutionnel. Elle représente en même temps à défi pour les autres formations politiques. Comment agir, quelle attitude adopter ? Comment poursuivre notre combat au quotidien pour faire comprendre à la population que l’UDC ne saurait constituer la voie de l’avenir. On ne répond pas aux défis de demain en stigmatisant les minorités, en divisant le pays en « bons » Suisses et « mauvais » étrangers ; on ne répond pas aux défis de demain par des affiches haineuses ; on ne répond pas aux défis de demain en foulant aux pieds nos institutions…

Voici quelques pistes de réflexion, quelques idées brutes à méditer, forcément incomplètes. Le débat ne fait que commencer – avec d’ailleurs la parution récente de différentes publications sur l’UDC (voir notamment un article de Domaine Public à ce sujet) – et se poursuivra à l’évidence après les élections. Il a deux types de réflexions à mener. Les premières concernant les « conditions cadre » du système politique, les règles du jeu de notre démocratie. Les secondes ont trait au travail accompli par les autres partis et acteurs de la vie politique et associative.

S’agissant des règles du jeu démocratique, je citerai trois dysfonctionnement du système à résoudre en priorité :

I. Le financement des partis.

Il s’agit d’un défaut majeur de notre système, pour lequel la Suisse se fait d’ailleurs régulièrement épingler au niveau international. Certes, on n’achète pas les voix des électeurs. Mais le trésor de guerre dont dispose l’UDC lui facilite grandement la tâche, notamment lorsqu’il s’agit de mobiliser ses propres électeurs et de les inciter à se rendre aux urnes. On estime le coût de la simple campagne d’affichage de l’UDC de cet été à plusieurs millions ; rien qu’entre le 25 septembre et le 12 octobre, l’UDC a déposé plus d’un million de francs en annonces publicitaires dans les quotidiens de Suisse allemande ; la projection du clip électoral de l’UDC dans la plupart des cinémas de Suisse a dû coûter un montant analogue. En face, les autres partis politiques n’ont pas les mêmes armes pour faire passer leur message. Or, au Parlement, l’UDC, ainsi que les autres partis bourgeois, refusent systématiquement les initiatives parlementaires réclamant davantage de transparence dans le financement de partis. Ce serait pourtant la « moindre des choses » dans une démocratie comme la nôtre : savoir d’où proviennent les fonds qui financent les campagnes électorales, savoir qui prête allégeance à quel lobby et monnayant quelles contreparties financières…

II. Le fonctionnement de la presse.

L’évolution du paysage médiatique – en particulier de la presse écrite – rend service à l’UDC. Dans notre ère de l’immédiateté, il faut vendre, faire du sensationnel, choisir les idées simplistes au détriment des réflexions construites. La plupart des médias joue ce jeu jusqu’à l’excès. On accorde une importance totalement démesurée à des faits divers à « sensation », en délaissant totalement les enjeux sociétaux réellement importants. Les débats télévisés, à l’image du débat TSR de l’autre soir, sont formatés pour offrir une tribune aux idées provocatrices et populistes de l’UDC. Avec 15 minutes de discussion pour parler de criminalité, qui pourra au mieux tirer son épingle du jeu : celui qui présente une recette simple prétendument miraculeuse du type « mettons les étrangers dehors » ou celui qui tentera d’exposer une vision nuancée et fine de la lutte contre le crime ? Poser la question, c’est déjà y répondre… A cela s’ajoute une autre problème : l’UDC exerce une fascination absolue sur les médias. Il ne se passe pas un jour sans que Blocher ne soit cité dans la presse, pas un jour sans que l’UDC ne soit mentionnée, encensée ou critiquée dans un article de journal. Il faut que cela cesse, que la presse cesse d’offrir tant de publicité « gratuite » à l’UDC.

III. La procédure de validation des initiatives populaires.

L’UDC est devenue experte dans l’art de faire voter des initiatives en porte-à-faux avec les droits fondamentaux (renvoi de étrangers, interdiction des minarets). C’est une stratégie parfaitement calculée et délibérée qui fonctionne en trois temps. 1) lancer une initiative populaire violant de manière crasse les droits fondamentaux 2) profiter ensuite de ce qui est à mon avis une lacune de notre système constitutionnel, soit une quasi-impossibilité d’invalider les initiatives même si elles sont contraires à la Convention européenne des droits de l’Homme CEDH (voir à ce sujet ici) 3) et enfin se plaindre, après une éventuelle acceptation par le peuple de l’initiative, lorsque le Parlement tente désespérément de trouver un moyen de mettre en œuvre l’initiative qui ne heurte pas de manière trop brutale les droit fondamentaux. La procédure actuelle revient ainsi à autoriser des votes au sujet des normes dont on sait à l’avance que la mise en œuvre pleine et entière sera impossible. On berce ainsi le corps électoral dans la douce illusion qu’il est seul maître à bord, alors qu’il n’en est rien en réalité. On offre en même temps une fantastique tribune à l’UDC qui a beau jeu de fustiger les juges et la « classe politique » même pas fichus de respecter la volonté du peuple. L’UDC est trop maligne : elle ne sait que trop bien que réclamer une dénonciation de la CEDH ne ferait pas bon genre. Alors elle se contenter de contourner les droits fondamentaux différemment, par des biais plus sournois lui rapportant un maximum de suffrages…

S’agissant de l’attitude à adopter par les autres partis, je citerai deux priorités.

I. Dicter son propre agenda politique.

Les partis ont commis de lourdes erreurs ces dernières années. Il se sont en particulier laissé dicter l’agenda politique par l’UDC. Cette attitude nous mène là où nous sommes aujourd’hui : un espace politico-médiatique totalement monopolisé par l’UDC et ses thèmes de prédilection. Même lorsque l’UDC n’est pas représentée à un débat, vous trouverez toujours quelqu’un pour la mentionner, fût-ce pour la critiquer ou la complimenter. Les autres partis doivent quitter cette attitude défensive. Etre tétanisé par la force de l’UDC ne peut jamais être la solution. Certains pensent ainsi qu’il faut cesser de parler de politique d’asile ou d’adhésion à l’Union européenne, au risque de « favoriser » l’UDC. Je pense que cette manière de faire est vouée à l’échec. En cessant de dénoncer les défauts de notre politique migratoire, et notamment son caractère inhumain à bien des égards, on laisse le champ libre à l’UDC et à sa rhétorique des abus. En cessant de parler des désavantages dont souffre la Suisse à l’extérieur de l’Union européenne, on donne ainsi implicitement raison à l’UDC et à sa rhétorique anti-européenne. Il faut agir plutôt que réagir ; proposer plutôt que répondre. Nous, les Verts, et d’autres aussi, avons mille propositions à faire pour un futur meilleur. Ne nous censurons pas ! Dans la cacophonie ambiante, on ne doit pas entendre que l’UDC. C’est seulement s’il existe un autre son de cloche que l’électeur pourra un jour se réorienter vers d’autres options de société.

II. Chercher la proximité avec les citoyens.

L’UDC a construit tout son discours sur une opposition à la « classe politique ». L’UDC serait ainsi proche du peuple, par opposition aux autres partis qui ne feraient que défendre leurs intérêts personnels ou des idéaux éloignés des préoccupations des citoyens. Cette rhétorique ferait sourire, si elle n’était pas mensongère et absurde à l’extrême. Lorsque l’on sait qui sont les têtes pensantes et les sponsors de l’UDC – des millionnaires zurichois qui se moquent éperdument des difficultés financières des petites gens – on mesure à quel point l’UDC est éloignées des préoccupations quotidiennes des citoyens. Pour renverser la vapeur et briser cette rhétorique démagogique, il faut que les autres partis fassent un immense travail de conviction sur le terrain, travail qui a souvent été insuffisant ces dernières années. Il nous appartient de montrer que nous sommes réellement ceux qui nous battons pour la qualité de vie, pour la cohésion sociale, pour résoudre les défis de l’avenir. Pendant cette dernière législature, l’UDC peut par exemple se vanter d’avoir fait interdire les minarets en Suisse et d’avoir durci le régime de renvoi des étrangers criminels. Est-ce que cela a réellement contribué à résoudre les problèmes quotidiens des habitants de ce pays ? Certainement pas…

Il y aurait encore mille choses à dire. Mais plus que tout, il importe de retourner sur le terrain pour convaincre les gens d’aller voter. Dans notre magnifique système démocratique, la réponse la plus digne que nous puissions offrir à l’UDC est celle qui passe par les urnes!

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2 réflexions au sujet de « J-6 : 20 ans d’UDC en Suisse : les remèdes »

  1. J’ai essayé plusieurs fois d’env. un mail à l’Udc, mais aucun n’est parvenu : tous refusés. C’était pour protester contre leur trahison lorsqu’il s’est agi de soutenir « l’initiative contre des rémunérations abusives ». Après l’avoir approuvée publiquement, l’UDC l’a trahie au parlement. Montrant qu’elle défend le camp des milliardaires plutôt que le peuple dont elle se réclame tous les jours. Le peuple aux bas revenus aurait bien voulu se prononcer sur cette initiative,ainsi que contre les « bonis » qui vont du 14 ème salaire, parfois jusqu’au 50 ème salaire parfois. Ce qui n’est jamais un DÛ social, c’est un moyen de défiscaliser des bénéfices. Ce qui n’empêche pas de licencier dans des entreprises bénéficiaires. Cette initiative « contre des rémunérations abusives » eu pu faire de la Suisse le 1er pays montrant la voie contre les dérives liées à la spéculation. Malgré le « Franc trop fort », la Suisse de l’UDC a choisi la Finance contre le Peuple. Jean-Claude.

  2. Article amusant, sinon intéressant, puisqu’il commence par : »Il faut éviter de se positionner uniquement en réaction à l’UDC. »
    Puis en 90 lignes trouve le moyen de mentionner 30 fois « UDC », analysant en détail ce que fait l’UDC, mais sans jamais nous parler du programme (y en a-t-il un?) des verts!

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