J-16 : Priorité « utopiste » no 3 : Une politique migratoire résolument libérale

Au niveau mondial, la libre circulation des biens et des services est devenue la règle. C’est la loi de la jungle – la concurrence de tous contre tous – qui provoque un afflux massif de richesses vers les pays du Nord et les pays émergents, laissant sur la bas-côté notamment le continent africain. Et nous refusons simultanément aux êtres humains le droit de se déplacer et de s’installer ailleurs. Ne devrait-on pas changer totalement de perspective ?

D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

Le programme du jour : séance du bureau des Verts VD cet après-midi à 17h – distribution de tournesols à la gare de Lausanne ensuite

Le récit de la veille : hier soir, séance de bilan au sujet de « Vivre et voter ici » : une ambiance à la fois nostalgique et amère pour clore une aventure passionnante mais qui s’est terminée par un échec politique

  • Nombre de courriels concernant la politique : 55
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Priorité « utopiste » no 3 : une politique migratoire résolument libérale

Nous vivons tout de même une époque particulière. Les décideurs de ce monde ont fait de notre planète un immense marché où règne la sacro-sainte règle de la concurrence. Peu importent les différences éclatantes en termes de conditions de travail entre les lieux, peu importent les conséquences environnementales du transport de marchandises : s’il est plus rentable de produire du textile au fin fond de la Chine pour l’écouler ensuite sur les marchés européens, alors on le fait sans trop se poser de questions ; si le riz d’un petit producteur malgache est plus cher sur le marché mondial que le riz produit par de grandes exploitations intensives en Thaïlande, on prie le producteur malgache de réduire encore davantage ses coûts de production, sans quoi il sera exclu dudit marché.

Les conséquences de cet ordre mondial « supermarché » sont connues : alors que les économies des pays du Nord se sont envolées, une bonne partie de la planète vit dans des conditions sociales et sanitaires difficiles, pour ne pas dire dramatiques. Les mouvements continus de marchandises – souvent par avion – croissent de manière presque exponentielle, avec un coût environnemental ahurissant. On a perdu le lien qui nous rattache au territoire, à la terre : manger du raisin venu de l’autre bout du monde en mars et s’habiller avec des habits produits par des petites mains sous-payées en Asie, c’est notre pain quotidien.

Certes, l’explication de cette évolution est complexe, pour ne pas dire controversée. Mais assurément, la globalisation des échanges économiques a joué un rôle déterminant. Les pays du Sud, notamment d’Afrique, sont cantonnés depuis l’ère coloniale à un rôle d’exportateurs de matières premières ; les investissements, le savoir-faire et les nouvelles technologies sont restées aux mains des pays du Nord. L’industrie lourde, puis les services, s’y sont développés comme nulle part ailleurs, amenant le boom économique que l’on connaît. Une cartographie des flux économiques des 150 dernières années révèlerait sans doute une image frappante : les richesses ont circulé en écrasante majorité de et vers les pays du Nord. Rappelons que bien souvent, un franc investi au Sud par un pays du Nord lui rapporte encore bien davantage…

Tout ceci pose bien entendu la question de l’aide au développement et de la solidarité mondiale. Mais cela soulève aussi des interrogations quant aux flux migratoires. Depuis des dizaines d’années, nous ouvrons les frontières aux biens et services, alors que simultanément, nous interdisons à celles et ceux qui souhaitent « tenter leur chance ailleurs » de se déplacer. Nous vivons en Suisse dans un monde d’opulence, notamment grâce aux échanges avec l’étranger, et décrétons de manière autoritaire que nous ne voulons pas de migration « économique ». Quel paradoxe, et surtout quelle injustice ! En tant que Suisse, je peux décider d’aller m’installer à peu près n’importe où dans le monde en claquant des doigts. Si j’ai le malheur de naître en Afrique noire, je peux presque directement oublier de me rendre dans un pays du Nord pour y travailler…

Pourtant, on compte sous nos latitudes un nombre considérable de travailleurs au noir. Des personnes de nationalité étrangère qui font fonctionner notre économie mais à qui l’on refuse tout statut légal. Par ailleurs, je suis convaincu que la sévérité de la politique migratoire joue un rôle mineur dans la régulation du nombre de migrants ; les migrants qui souhaitent venir s’installer en Suisse ne se demandent pas avant d’entamer leur voyage si les lois suisses sont sévères ou non. Aujourd’hui, la Suisse connaît l’un des régimes migratoires les plus stricts d’Europe. Cela n’empêche pas pour autant des milliers de personnes de venir s’installer chez nous chaque année, parfois en toute clandestinité. La régulation étatique des migrations, c’est la négation même de la dignité humaine.

Certes, il conviendrait de réfléchir de manière intelligente aux conditions cadres d’un tel régime « libéral » pour éviter de créer un fort ressentiment envers les étrangers : lutte contre le dumping salarial pour éviter que des migrants n’acceptent des salaires bien au-dessous des standards suisses ; réforme de nos assurances sociales pour éviter des situations de tourisme « social » où l’on vient uniquement pour profiter des prestations sociales suisses ; aménagement du territoire favorisant la mixité pour éviter la création de ghettos, etc.

Voilà une idée à creuser pour le siècle à venir : inverser les dogmes de la libre circulation, brider la libre circulation des marchandises mais libéraliser la libre circulation des personnes au niveau mondial. « Utopiste », me direz-vous? Oui « utopiste », précisément! Que risque-t-on ? Alors que nous connaissons l’un des systèmes migratoires les plus sévères d’Europe, notre pays est déjà tapissé d’affiches dénonçant une prétendue « immigration massive ». Nous ne pouvons pas tomber beaucoup plus bas…

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