J-39 : Les détenus donnent une leçon aux députés

L’activité de député au Grand Conseil ne se résume pas aux sessions parlementaires et aux séances de commission. Nous recevons une kyrielle d’invitations à des soirées associatives, vernissages, assemblées générales, inaugurations, etc. Les cocktails dînatoires et autres apéritifs, j’avoue que ce n’est pas trop mon truc. Les journées n’ayant que 24 heures, je décline presque toujours ces invitations. Mais il y a une activité extra-parlementaire particulièrement sympathique à laquelle je renonce rarement : les matchs du FC Grand Conseil. Hier, nous avons eu notre match traditionnel aux établissements pénitentiaires de l’Orbo (Bochuz). Un moment toujours très fort… D’abord, le compte-rendu de la veille et le programme de la journée :

 Le programme du jour : Pas de séance politique aujourd’hui, mais beaucoup de petites choses à préparer pour la campagne

Le récit de la veille : Séance de commission parlementaire à 8h15 – séance de groupe parlementaire le matin – entre midi et deux heures, discussions informelles au sujet de la succession de Jean-Claude Mermoud – session parlementaire l’après-midi

  • Nombre de courriels concernant la politique : 60
  • Nombre de téléphones concernant la politique : 3
  • Nombre d’heures consacrées à la politique : 10

Les détenus donnent une leçon aux députés

Chaque année, nous sommes invités à disputer un match de football avec l’équipe du Grand Conseil contre les détenus du pénitencier de Bochuz à Orbe. C’est toujours un moment très spécial.

Un mot d’abord au sujet de l’équipe du Grand Conseil. Elle se compose de députés et de quelques renforts précieux du secrétariat du Grand Conseil. Sur le terrain, il n’y a pas de rivalité entre les représentants des différents partis. Nous tirons tous à la même corde. C’est si agréable de quitter quelques instants l’arène politique pour former une équipe soudée qui partage le même objectif. On découvre nos collègues députés sous un autre angle…

Hier, nous avions donc notre rencontre annuelle contre l’équipe des détenus du pénitencier de Bochuz. Comme de coutume, le rendez-vous était donné devant le pénitencier, dans un paysage digne des films américains.

Les voitures se mettent en file devant l’immense grille de l’entrée pour pénétrer ensemble dans l’enceinte. Les gardes nous font entrer et nous conduisent aux vestiaires situés à la « colonie », cet espace peu sécurisé réservé notamment aux détenus en fin de peine. Une fois changés, nous nous rendons en groupe, toujours escortés, à l’intérieur du périmètre de haute sécurité où se trouve le terrain de foot. Nous apercevons quelques détenus qui nous observent depuis la fenêtre de leur cellule. Ils auront droit à une distraction inhabituelle ce soir.

Nos adversaires du jour sortent quant à eux du bâtiment principal où ils « résident à l’année » dans l’enfermement le plus total. La direction de la prison nous apprend que la durée moyenne des peines purgées par les détenus de l’équipe de foot est de 12 ans. Ce sont donc les cas les plus lourds, les infractions les plus sévèrement punies par notre droit pénal : presque uniquement des crimes contre la vie et contre l’intégrité corporelle ou sexuelle.

Sur le terrain, tout ceci est sans importance. Nous nous retrouvons « à hauteur d’hommes ». La seule distinction entre eux et nous est la couleur du maillot. C’est sans doute ce qui me plaît le plus avec ces rencontres. Le symbole est très fort. Les élus cantonaux viennent partager quelques instants sportifs avec la population la plus marginalisée de la société vaudoise, des personnes qui incarnent le paroxysme de la fracture sociale. La complicité sportive est de mise, à l’image de cet échange amusant entre le secrétaire général du Grand Conseil et un joueur adverse hier soir. Suite à une bousculade, notre secrétaire dit au joueur adverse : «  ne t’inquiète pas, je ne suis pas dangereux ». Ce à quoi le détenu répond avec une répartie assez désarçonnante: « ça je veux bien croire, tu n’es pas en prison toi ! ».

Hier soir, les détenus nous ont donné une belle leçon de football. Ils étaient largement meilleurs et se sont imposés 6 à 2. L’espace de quelques courts instants, la hiérarchie sociale est inversée, les derniers sont devenus les premiers. Mais cela ne dure pas. A peine le match terminé, nos adversaires d’un soir rentrent dans la moiteur oppressante de leur cellule. De notre côté, nous quittons le pénitencier pour retrouver la douceur de nos foyers. Non sans avoir préalablement profité d’un succulent apéritif préparé par les détenus. Apéritif auxquels les détenus eux-mêmes n’ont naturellement pas été conviés…

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